L’intervention du professeur Mibsam Jeannis sur les ondes de Métronome Politique aura eu le mérite de relancer un débat fondamental sur la cohérence du discours et des pratiques politiques dans le Sud-Est.
En abordant le cas de Joseph Lambert, le responsable de l’OPL Sud-Est reconnaît d’abord son poids dans la scène politique haïtienne, le qualifiant d’acteur « incontournable », tout en dressant parallèlement un réquisitoire sévère contre son parcours et son modèle d’exercice du pouvoir, qu’il associe à la corruption, au clientélisme, au népotisme et à la défense des intérêts particuliers au détriment du renforcement des institutions.
Dans son analyse, le professeur Jeannis va jusqu’à présenter Joseph Lambert comme un « cadavre politique et social ». Une formule lourde de sens, qui traduit selon lui l’épuisement d’un modèle politique.
Mais cette image provoque inévitablement un malaise, lorsqu’un acteur est considéré comme un cadavre politique, comment expliquer que certains de ses adversaires continuent à évoluer dans son environnement d’influence ?
Un cadavre, par définition, symbolise ce qui a perdu sa capacité à produire de la vie et du renouvellement.
S’il dégage une odeur nauséabonde, celui qui choisit de rester dans son ombre ne peut prétendre ignorer cette réalité. La contradiction devient alors évidente, dénoncer publiquement un système comme dépassé tout en acceptant les espaces que ce même système continue d’offrir.

La politique impose certes des compromis, mais elle exige également une certaine cohérence entre les principes défendus et les choix opérés. On ne peut pas appeler au changement, condamner un modèle de gouvernance et, dans le même temps, chercher une place dans les mécanismes qui prolongent son influence.
Même si l’OPL affirme qu’il n’existe aucune alliance politique entre elle et KONA, la présence de membres du parti dans certaines structures municipales de transition continue de susciter des interrogations sur l’orientation réelle de cette participation.
Car l’Organisation du Peuple en Lutte n’a pas été créée pour devenir un simple acteur de gestion circonstancielle du pouvoir.
Héritière d’une tradition politique portée notamment par Gérard Pierre-Charles, elle s’est construite autour d’une ambition de transformation nationale, renforcer l’État, consolider les institutions démocratiques, promouvoir la compétence et inscrire Haïti dans une dynamique de développement comparable à celle des nations sœurs de la Caraïbe et au-delà.
Le credo de l’OPL est clair, ce sont des femmes et des hommes compétents, attachés à l’intérêt général, qui doivent diriger l’État.
Mais cette exigence de compétence et de transparence doit également se refléter dans les choix politiques posés sur le terrain.
Aujourd’hui, le débat dépasse la seule personne de Joseph Lambert.
Il interpelle surtout la capacité d’une organisation politique à rester fidèle à son histoire, à ses valeurs et à la vision qui a présidé à sa naissance.
Entre les discours de rupture et les réalités des arrangements politiques, l’opinion publique est en droit d’observer les actes autant que les paroles. Car en politique, ce ne sont pas seulement les déclarations qui définissent une ligne, ce sont les décisions et les alliances objectives qui révèlent la véritable orientation.
