La récente implication publique de M. Christophe Mathurin, responsable du Bureau Électoral Communal (BEC) de la Vallée de Jacmel, suscite de sérieuses préoccupations quant au respect des principes de neutralité, d’impartialité et de réserve qui doivent caractériser tout responsable électoral.
Selon des éléments rendus publics, M. Christophe Mathurin ne se limiterait pas à afficher personnellement une préférence politique. Il mettrait également l’organisation de jeunesse qu’il dirige à la disposition du prétendant candidat aux prochaines élections, tout en poursuivant publiquement des activités de promotion en faveur de celui-ci.
Une telle situation soulève une question particulièrement préoccupante : comment un responsable appelé à contribuer à l’organisation du processus électoral peut-il, parallèlement, utiliser ou mobiliser une structure associative et de jeunesse qu’il dirige pour assurer la promotion d’un acteur susceptible de prendre part à la compétition électorale ?
À l’approche des prochaines échéances électorales, cette attitude est de nature à alimenter des interrogations légitimes sur la capacité des responsables électoraux concernés à préserver une stricte séparation entre leurs responsabilités institutionnelles et leurs engagements ou activités à caractère politique.
Le problème ne réside donc pas uniquement dans l’expression d’une préférence personnelle. Il concerne surtout la perception d’un éventuel engagement organisé et public en faveur d’un candidat pressenti, alors même que l’intéressé exerce une fonction au sein d’une institution chargée de contribuer à la conduite du processus électoral.
Une telle situation peut également susciter des inquiétudes quant au principe d’égalité de traitement entre les différents acteurs appelés à participer à la compétition électorale. Même en l’absence de preuve d’un traitement préférentiel, la seule apparence d’un conflit entre responsabilité électorale et engagement partisan peut fragiliser la confiance du public.
Face à ce type de situation, le Conseil Électoral Provisoire (CEP) a la responsabilité de prévenir toute conduite susceptible de compromettre la crédibilité du processus. Il lui appartient notamment de rappeler aux agents électoraux les exigences liées à leur fonction et de prendre, lorsque les circonstances le justifient, les mesures appropriées pour garantir le respect des principes de neutralité, d’impartialité et de réserve.
Au-delà des appartenances politiques, cette affaire pose une question fondamentale de gouvernance électorale : un responsable électoral peut-il, dans le même temps, mobiliser publiquement une organisation qu’il dirige pour promouvoir un quelconque potentiel candidat appelé à participer au processus qu’il contribue lui-même à organiser ?
La crédibilité d’une élection ne repose pas uniquement sur les règles et les procédures. Elle dépend également du comportement de ceux qui sont chargés de les appliquer. Dans un contexte où la confiance des citoyens demeure essentielle à la légitimité du scrutin, le CEP doit veiller à ce que ses agents évitent toute situation susceptible de créer, chez les électeurs comme chez les candidats, le sentiment que certains acteurs bénéficient d’un avantage institutionnel ou organisationnel.
La neutralité électorale ne doit pas seulement être respectée : elle doit aussi être visible.

