Dès la 50e législature, l’ex-député Franck Lauture avait identifié un dysfonctionnement structurel majeur du système politique haïtien, la prolifération incontrôlée des partis politiques, source de fragmentation, d’instabilité et d’affaiblissement de la représentation démocratique.


Dans cette perspective, il avait élaboré une proposition de loi visant à rationaliser le champ partisan. Celle-ci reposait notamment sur l’instauration d’un seuil minimal conditionnant la participation aux élections, afin d’écarter les formations dépourvues d’assise réelle. Elle prévoyait également un mécanisme de caducité automatique pour les partis n’atteignant pas un pourcentage significatif de suffrages exprimés, dans une logique d’assainissement et de consolidation du système politique.


Dans un souci d’institutionnalisation plus large, Franck Lauture proposait en outre de conférer au candidat arrivé en deuxième position à l’élection présidentielle le statut officiel de chef de l’opposition, avec les prérogatives correspondantes. L’objectif était clair, structurer l’opposition politique et lui donner une existence institutionnelle reconnue.
Cependant, ces propositions n’ont jamais été inscrites à l’ordre du jour de la Chambre des députés, traduisant une absence manifeste de volonté politique. Cette dynamique de blocage s’est prolongée lors des tentatives de réforme constitutionnelle, auxquelles Lauture a participé en tant que membre d’une commission de pilotage. Plusieurs de ces mécanismes y ont été réintroduits, sans pour autant parvenir à s’imposer face aux résistances de la classe politique.


Plus récemment, le Conseil électoral provisoire (CEP) a semblé amorcer une réponse partielle à cette problématique en exigeant un minimum de 30 000 adhérents pour qu’un parti politique puisse participer aux élections. Toutefois, cette initiative reste fragile et incomplète, notamment en raison de son absence récurrente à l’ordre du jour du Conseil des ministres.


Ainsi, de l’initiative parlementaire de Franck Lauture aux tentatives de réforme constitutionnelle, jusqu’aux mesures embryonnaires du CEP, une constante se dégage : la difficulté, voire le refus persistant, des élites dirigeantes d’engager un véritable processus d’institutionnalisation de la vie politique en Haïti.