La mission d’un syndicat dans une institution publique est fondamentale. Elle consiste à défendre les intérêts légitimes des travailleurs, à veiller au respect de leurs droits et à participer au dialogue social nécessaire au bon fonctionnement de l’organisation. Toutefois, cette mission ne devrait jamais perdre de vue l’intérêt supérieur de l’institution et les défis auxquels celle-ci est confrontée.
La récente sortie du Syndicat du Système national de formation professionnelle (SESNFP) contre la direction générale de l’Institut national de formation professionnelle (INFP) soulève une interrogation importante : l’action syndicale est-elle aujourd’hui orientée vers l’accompagnement de la reconstruction institutionnelle ou tend-elle davantage à mettre la direction générale sous pression pour obtenir satisfaction sur certaines revendications ?
Il est légitime qu’un syndicat interpelle les responsables publics et exige davantage de transparence, d’efficacité et de bonne gouvernance.
Cependant, l’évaluation d’une nouvelle direction doit également tenir compte du contexte dans lequel elle intervient. Une administration qui arrive à la tête d’une institution confrontée à des difficultés structurelles, administratives et budgétaires ne peut pas être jugée uniquement sur la base d’attentes immédiates, sans considérer les contraintes auxquelles elle doit faire face.
Depuis son arrivée à la direction générale de l’INFP, Me Franck Lauture évolue dans un environnement marqué par de nombreux défis hérités. Malgré des ressources limitées, des démarches sont engagées afin de réorganiser l’institution, renforcer son fonctionnement et lui permettre de retrouver progressivement sa capacité d’action. La gestion publique exige parfois du temps, de la méthode et une capacité à avancer avec les moyens disponibles.
La reconstruction d’une institution ne repose pas uniquement sur des sanctions immédiates ou des changements précipités. Elle nécessite une analyse approfondie, une planification cohérente et des décisions responsables.
Mettre une nouvelle direction constamment sous pression avant même que les réformes annoncées puissent produire leurs effets pourrait contribuer davantage à fragiliser l’institution qu’à la renforcer.
Le syndicalisme ne doit pas devenir un simple instrument de confrontation. Sa véritable force réside dans sa capacité à défendre les travailleurs tout en contribuant à trouver des solutions durables aux problèmes collectifs. Dans une institution stratégique comme l’INFP, où l’avenir de milliers de jeunes dépend de la qualité des services offerts, tous les acteurs devraient avoir comme priorité la consolidation de l’outil institutionnel.
Les revendications sociales ne doivent pas être confondues avec la recherche d’intérêts particuliers. Un syndicat responsable doit pouvoir exercer son rôle de vigilance tout en évitant que la pression exercée sur les dirigeants ne serve uniquement à satisfaire des demandes internes au détriment des objectifs globaux de l’institution.
L’heure est donc à un dialogue constructif entre la direction, les employés et les représentants syndicaux. La critique est nécessaire dans toute organisation démocratique, mais elle doit être accompagnée d’une volonté réelle de contribuer à la reconstruction. L’INFP a besoin d’acteurs capables de défendre leurs positions tout en plaçant l’intérêt institutionnel et l’avenir de la formation professionnelle au-dessus des considérations particulières.

