Ce 15 juillet, l’ancien président Michel Joseph Martelly est de retour en Haïti. Son arrivée a été marquée par un accueil chaleureux de nombreux sympathisants, une démonstration de force politique qui peut surprendre lorsqu’on considère les nombreuses accusations qui entourent son héritage, notamment celles relatives à la corruption, à la gestion des ressources publiques et aux liens présumés entre certains secteurs du pouvoir et les groupes armés.


Pour comprendre ce phénomène, il faut dépasser les réactions instinctives, qu’elles soient favorables ou hostiles à l’ancien président. La véritable question n’est peut-être pas seulement de savoir pourquoi Michel Joseph Martelly conserve encore une certaine popularité, mais surtout pourquoi ceux qui lui ont succédé ou qui se sont présentés comme son alternative n’ont jamais réussi à le reléguer définitivement au passé.


Arrivé au pouvoir dans un contexte de profondes turbulences politiques, Michel Joseph Martelly a quitté la présidence le 7 février 2016 sans chercher à se maintenir au pouvoir. Son administration a toutefois été marquée par de nombreuses controverses : accusations de corruption, gestion contestée des ressources publiques, enrichissement de proches du régime et pratiques politiques ayant contribué à fragiliser davantage les institutions.


Ces éléments ont favorisé l’émergence d’une opposition solide, qui constituera ensuite l’un des principaux héritages politiques laissés à son successeur, Jovenel Moïse. Pourtant, au fil des années, plusieurs acteurs de cette opposition se sont eux-mêmes retrouvés confrontés aux mêmes critiques qu’ils adressaient au pouvoir en place : luttes d’influence, clientélisme, absence de vision commune et accusations de corruption.


Après l’assassinat du président Jovenel Moïse, ces contradictions sont devenues encore plus visibles, révélant les limites d’une classe politique incapable de proposer une rupture véritable avec les pratiques qu’elle dénonçait.


Dès lors, le retour de l’ancien président Michel Joseph Martelly ne doit pas être analysé uniquement à travers sa personne. Il constitue également le révélateur d’une crise politique plus profonde : celle de l’incapacité des élites haïtiennes, au pouvoir comme dans l’opposition, à construire une alternative crédible capable de restaurer la confiance de la population.
La popularité persistante de Michel Joseph Martelly n’est donc pas nécessairement le signe d’une adhésion totale à son bilan. Elle peut aussi traduire la faiblesse de ses adversaires, l’échec des promesses de changement formulées depuis son départ et le sentiment, partagé par une partie de la population, qu’aucune force politique n’a réellement réussi à faire mieux.
Qui, au cours des vingt dernières années, peut véritablement prétendre avoir transformé la gouvernance du pays ? Quel parti politique peut aujourd’hui présenter un bilan suffisamment convaincant pour incarner une alternative crédible ?


C’est peut-être en répondant à ces questions avec rigueur, loin des passions partisanes, que l’on comprend pourquoi l’ancien président Michel Joseph Martelly demeure encore une force politique avec laquelle il faut compter.